Pigeon Voyageur : Démystifier les Légendes et Comprendre les Vraies Bases Biologiques du Pigeon Voyageur

Le pigeon voyageur a toujours fasciné les colombophiles, les chercheurs et les amateurs de nature. Depuis près de deux siècles, le sport colombophile nourrit des réussites extraordinaires… mais aussi son lot de légendes persistantes. Beaucoup de croyances erronées circulent encore, parfois sans danger, mais d’autres peuvent induire en erreur les débutants qui cherchent à comprendre comment fonctionne réellement le pigeon voyageur, son organisme, sa reproduction et ses performances. Aujourd’hui, il est essentiel de rétablir la vérité en s’appuyant sur la biologie, l’observation et l’expérience.
🕊️ 1. Légende n°1 : « Le pigeonneau absorbe le calcium de la coquille »
Cette croyance revient régulièrement dans le milieu du pigeon voyageur. Selon ce mythe, l’embryon puiserait le calcium nécessaire à la formation de son squelette directement dans la coquille. Pourtant, une simple observation contredit cette idée.
Lorsqu’un pigeonneau naît, quiconque examine une coquille immédiatement après l’éclosion constate qu’elle n’est ni fragilisée, ni amincie, ni friable. Si une absorption massive de carbonate de calcium avait eu lieu, l’altération serait évidente. Au contraire, la consistance reste identique à celle d’un œuf frais.
Lorsque l’on fait tremper cette coquille, les deux membranes se séparent facilement :
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la membrane externe, translucide ;
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la membrane interne, parcourue de fins vaisseaux sanguins.
Ces vaisseaux n’ont qu’un seul rôle : les échanges gazeux (oxygène, CO₂, vapeur d’eau). À aucun moment ils ne permettent un “pompage” du calcium vers l’embryon. Le pigeon voyageur forme son squelette uniquement à partir des réserves du jaune et du blanc de l’œuf, riches en :
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phosphore,
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calcium organique,
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vitamines A, D3, B2.
Cela montre l’importance cruciale d’une alimentation riche et équilibrée chez la femelle pigeon voyageur avant et pendant la formation de l’œuf. Les carences au stade embryonnaire sont quasiment impossibles à rattraper. Tout bon élevage commence donc par une ration adaptée avant la ponte.
🕊️ 2. Légende n°2 : « Le pigeon accroche ses pattes à sa queue pendant le vol »
Voilà une idée forcement tenace dans le monde du pigeon voyageur, mais totalement invraisemblable. Certains affirment que les pigeons gardent leurs pattes allongées vers l’arrière en les accrochant par l’orteil arrière aux plumes de la queue. Une simple analyse anatomique suffit à démontrer que cela est impossible.
Tous les oiseaux, y compris le pigeon voyageur, possèdent une structure musculaire qui maintient naturellement les pattes étirées vers l’arrière pendant le vol, sans aucun effort et sans accroche mécanique. Cette position aérodynamique est tout à fait normale.
Si un pigeon voyageur volait des milliers de kilomètres avec les pattes accrochées aux plumes de la queue, on observerait :
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des traces d’usure,
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des plumes cassées,
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des zones d’abrasion.
Or, en fin de saison, les plumes de queue restent impeccables chez les bons pigeons. Il suffit d’observer pour comprendre que cette légende ne tient pas. Et que dire des échassiers (grues, hérons) dont les pattes sont plus longues que la queue ? Ils volent parfaitement sans avoir besoin d’aucune “accroche”.
🕊️ 3. Légende n°3 : « Tes pigeons sont gras, leur cœur est noyé dans la graisse »
Que certains pigeons voyageurs deviennent trop gras est une réalité. Le colombophile expérimenté sait identifier l’excès de graisses :
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sous les ailes,
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autour du ventre,
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sous la peau,
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autour de l’intestin.
Mais contrairement à ce qu’on entend parfois, le cœur du pigeon voyageur n’est jamais noyé dans la graisse. Chez les oiseaux, les dépôts graisseux se localisent différemment de chez les mammifères. Le cœur reste toujours dégagé, même chez un sujet obèse.
Le vrai problème de l’obésité chez le pigeon voyageur n’est donc pas cardiaque, mais aérodynamique. Un pigeon trop lourd augmente le ratio poids/surface alaire, ce qui pénalise fortement :
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la vitesse,
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l’endurance,
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la récupération.
Un pigeon voyageur gras est un pigeon qui volera moins bien, même si son cœur reste parfaitement sain.
🕊️ 4. Légende n°4 : « Le lait de pigeon est composé de graines broyées »
C’est l’une des idées les plus répandues et pourtant les plus fausses. Certains imaginent que les parents régurgitent des graines broyées par le gésier pour nourrir le jeune. Or, le lait de pigeon n’a aucune relation avec les graines. Ce serait physiologiquement impossible.
Le gésier est certes l’organe spécialisé dans le broyage, mais :
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il ne peut pas “vomir” de graines broyées jusqu’au bec ;
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les vomissements depuis le ventricule succenturié sont extrêmement rares ;
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seul le contenu du jabot peut être régurgité facilement.
Les analyses scientifiques du lait de pigeon montrent une composition totalement différente de celle d’un mélange grains pour pigeon voyageur. Le lait de jabot contient :
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76 % d’eau,
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14 % de protéines,
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8 % de graisses,
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2 % de minéraux,
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0 % de sucre,
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0 % de cellulose.
Aucune trace d’amidon, aucune enveloppe de graines. Rien qui rappelle le mélange consommé par un pigeon voyageur adulte.
Le lait est produit par la paroi interne du jabot qui, en fin d’incubation :
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s’épaissit,
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devient granuleux,
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se désquame,
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est stimulé par la prolactine.
C’est un mécanisme hormonal extrêmement spécifique, déclenché par les mouvements du pipant dans l’œuf quelques heures avant l’éclosion.
Ce lait exceptionnel explique que le pigeonneau, chez le pigeon voyageur, soit l’un des jeunes vertébrés ayant la croissance la plus rapide du règne animal, doublant son poids en 48 heures.
Voilà la réalité biologique derrière cette légende.
🕊️ 5. Pourquoi ces légendes persistent-elles dans le monde du pigeon voyageur ?
Parce que le pigeon voyageur reste un animal mystérieux et fascinant, dont l’organisation interne est mal connue du grand public. Les colombophiles expérimentés ont toutefois la responsabilité de transmettre des connaissances correctes aux débutants, afin d’éviter des erreurs d’interprétation qui peuvent nuire à l’élevage, à la reproduction ou aux performances.
Comprendre la vraie biologie du pigeon voyageur, c’est :
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mieux le préparer aux concours,
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mieux gérer l’alimentation,
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mieux observer les signes de santé,
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mieux accompagner les pigeonneaux,
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éviter les erreurs d’élevage.
🕊️ Conclusion : Connaître la vérité, c’est mieux élever et mieux jouer
En dissipant ces mythes, le colombophile renforce la qualité de sa colonie et optimise la performance de chaque pigeon voyageur. La connaissance scientifique et l’observation quotidienne sont les meilleurs alliés de celui qui veut progresser sérieusement.
Un pigeon voyageur bien compris est un pigeon mieux soigné, mieux nourri, mieux préparé… et plus performant.
[ Source: Article édité par Doct. Vét. J.P.Stosskopf – Revue PIGEON RIT ]
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